Saturday, August 15, 2009

- SAINT-ESPRIT. ROSETTE ROSIL : « Je me suis affaissée et j'ai appelé mon fils : Johan, Johan... »

Quatre ans après la mort de son unique fils (1), Rosette Rosil, Spiritaine de 67 ans, revient pour nous sur cette tragique journée. Entre deuil impossible à faire et foi inébranlable en Dieu.

« Aujourd'hui, le temps a fait son oeuvre » , commence Rosette. « Mais jamais on oublie. Il y a des moments où l'angoisse prend le dessus. Aller au cimetière. Regarder sa photo... Je ne me laisse pas aller, mais c'est là (touchant son coeur). Ça ne passera pas. On a eu une boîte... Sur des photos, j'ai reconnu sa jambe... On a retrouvé ses papiers d'identité intacts. Comment faire son deuil ? Aujourd'hui encore, je ressens une telle colère, contre tous ces cercueils volants » !
À quelques détails près, la journée du 16 août 2005 avait pourtant commencé comme les autres.

« Je m'occupais de mes animaux. Mon père était à la maison. Au lever, il m'a demandé quand arrivait Johan. Je lui ai répondu : pas de nouvelles, bonnes nouvelles! Vers 8 heures, un de ses collègues m'appelle. Il me demande si Johan est arrivé. Je lui réponds que non. Il a compris que je ne savais rien. En fait, tout le monde était déjà au courant. C'était la panique. Un peu plus tard, deux petits voisins, à qui Johan donnait des cours de maths, sont venus à leur tour demander après lui. Je leur dis qu'il n'est pas là et leur demande pourquoi. Ils me répondent « non, rien madame » et ils s'en vont. Ce jour-là, je n'avais pas allumé la radio » ...
Rétrospectivement, Rosette comprend qu'elle a vécu, dans ses entrailles, la mort de son fils.

« Dans la nuit, à 3 heures moins dix, je me suis réveillée en sursaut. Je me suis levée et j'ai couru. Arrivée près de l'armoire, je me suis arrêtée, un peu effrayée, en me demandant ce qui m'arrivait. Je suis donc retournée me coucher. Là, j'ai senti un terrible mal de ventre et j'ai eu de fortes coliques. Mais, je ne comprenais toujours pas.

Vers 10 heures, je vois arriver le parrain de Johan. Et, c'est le déclic. Mwen di : « Mathieu, qu'est-ce qui se passe » ? Il a essayé de gagner du temps : « Comment, je n'ai pas le droit de venir te voir » ! Je me suis énervée et répété : « Mathieu, qu'est-ce qui se passe » ? Puis, j'ai crié : « Johan mo » ? ? Là, il me dit : « Oui. L'avion est tombé. Tout le monde est mort » .

Je me suis affaissée et j'ai appelé mon fils : « Johan, Johan, Johan... »

Alors, comment vivre, après ?

« Je n'en ai pas voulu à Dieu. J'ai dit : Seigneur, c'est tout ce que tu m'as donné ? Puis, je l'ai remercié de m'avoir choisie parmi tous ces gens. S'il ne l'avait pas voulu, rien ne serait arrivé. C'est très dur, je suis humaine, mais la prière m'emplit d'espoir. Mon père est mort, il y a un an, sans jamais se remettre de la mort de Johan. C'était un enfant tellement aimant et travailleur. Il avait 27 ans. Il était comptable. Il avait une fiancée. Pas encore d'enfant. Il avait la vie devant lui... Il vivait avec moi. Nous étions très complices.
Je vis seule, désormais, comme un i sans point. Tous les soirs en rentrant, il m'appelait à tue-tête : maman, maman » ...

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